Wat Arun Ratchawararam est un complexe monastique bouddhique de la rive ouest du Chao Phraya, traditionnellement appelé Wat Chaeng, « Temple de l’Aube ». Ce temple ancien était déjà en usage à l’époque d’Ayutthaya. Lorsque le roi Taksin établit sa capitale à Thonburi, l’enceinte de son nouveau palais s’étendit jusqu’au Khlong Wat Jaeng : le temple se retrouva dans l’aire royale, et les moines ne purent plus y résider. De 1779 à 1784, il abrita le Bouddha d’Émeraude et le Phra Bang, venus de Vientiane.
En 1785, le futur Rama II projeta de le restaurer : de nouveaux logements furent d’abord construits, et les moines purent y revenir. Devenu roi en 1809, il fit fondre l’image principale du Bouddha de l’Ubosot Noi, dont il modela lui-même le moule du visage. Jugeant trop petit l’ancien prang, haut de 16 mètres, il voulut qu’un nouveau prang soit élevé par-dessus pour devenir le Maha That, le grand reliquaire de la capitale.
Ce chantier fut mené sous Rama III, mais la date exacte de son lancement reste discutée. Le nouveau prang engloba l’ancien et forme, avec quatre prangs d’angle et quatre mandapas réunis sur un soubassement commun, une aire sacrée achevée en 1842. L’Ubosot Noi et le Vihara Noi se dressent côte à côte de l’autre côté, sans axe commun avec ce groupe : le manque de place et la volonté royale d’un grand prang ont imposé ce plan inhabituel. Rama III mourut en 1851 avant la célébration du temple, auquel le roi Mongkut donna ensuite son nom actuel.
Le prang principal est la forme la plus développée des chedis en forme de prang, propre à l’époque de Rattanakosin. Ses trois terrasses portent des figures porteuses d’asuras, de singes et de devatas. À l’étage de la chambre des reliques, Indra monté sur l’éléphant Erawan occupe des niches traditionnellement réservées aux images du Bouddha. La flèche, allongée par des étages superposés, évoque un tronc de palétuvier, et tout le prang est revêtu de porcelaine émaillée multicolore.
L’ensemble traduit la cosmologie bouddhique : le prang principal figure le mont Meru, centre de l’univers, et les prangs d’angle les quatre continents. Bâti pour abriter des reliques du Bouddha, il est flanqué de mandapas ornés de sculptures retraçant sa vie.
Wat Arun demeure un monastère theravada en activité, où les espaces sacrés restent distincts de ceux de la communauté monastique. Chaque année, les rois de Rattanakosin s’y rendaient en procession de barges royales pour présider la cérémonie royale du Kathina.
De 2013 à 2017, une grande restauration du prang principal et des prangs d’angle, menée en étroite collaboration avec le Département des Beaux-Arts, a suscité un débat. Un ingénieur reprocha aux travaux d’avoir blanchi le prang et retiré des carreaux colorés et d’anciennes assiettes émaillées. L’abbé adjoint du temple, qui présidait le projet, répondit que les carreaux remplaçaient des éléments tombés et que le blanc venait du nettoyage des mousses et d’un badigeon de chaux, selon lui la couleur d’origine. Le prang figure depuis 2025 sur la liste indicative du patrimoine mondial de la Thaïlande.







